Entique - ne dites rien qui ne vaille pas d'être dit

Entique - ne dites rien qui ne vaille pas d'être dit
Entique - ne dites rien qui ne vaille pas d'être dit
par Helge K. Fauskanger*


A l’origine, les Ents n’avaient pas de langue, mais au contact des Elfes ils adoptèrent l’idée de communiquer avec des sons. « Ils voulaient toujours parler à tout, les anciens Elfes, » rappelle Sylvebarbe (SdA2/III ch. 4). Les Ents aimaient le quenya, mais ils développèrent aussi leur propre langue, probablement la plus singulière de toutes les langues d’Arda. Tolkien la décrit comme « lente, sonore, agglutinante, répétitive et verbeuse[1] ; comportant une multiplicité de nuances dans le registre des voyelles, et d’infinies distinctions d’accents toniques et de quantité, au point que chez les Eldar, même les Maîtres du Savoir avaient renoncé à la fixer par écrit » (Appendice F). Les Ents étaient apparemment capables de distinguer d’infimes variations de qualité et de quantité et utilisaient de telles distinctions phonémiquement. De nombreux phonèmes entiques distincts devaient sonner comme un seul son pour une oreille humaine ou même elfique. Il semble que l’entique employait aussi différents accents toniques, peut-être un peu comme le chinois, une langue dans laquelle un simple mot comme ma peut avoir un sens parmi quatre existants (allant de « mère » à « cheval ») - et pour les chinois ils sonnent tous différemment, parce que la voyelle a est prononcée avec un accent tonique distinct dans chaque cas. L’entique pourrait avoir utilisé bien plus d’accents toniques que quatre.
A-lalla-lalla-rumba-kamanda-lindor-burúmë est notre seul exemple d’entique authentique ; les accents toniques ne sont pas annotés dans tous les cas. C’est peut-être la raison pour laquelle Tolkien décrit cet unique fragment d’entique véritable comme « probablement très approximative » (Appendice F). Nous ne pouvons pas analyser ce fragment. Il peut être noté que la morphologie générale de mots semble fortement inspirée par le quenya (pour ce qui est du style phonétique, tous les éléments à l’exception de burúmë pourraient avoir été du haut elfique ; le quenya ne peut avoir b dans cette position).
Tolkien décrit aussi l’entique comme « agglomérant » et « verbeux ». Ceci était du au fait que chaque « mot » était en réalité une description très longue et très détaillée de la chose en question. Sylvebarbe dit à propos de son propre nom entique qu’il « s'allonge sans cesse, et j'ai vécu très, très longtemps; de sorte que mon nom est comme une histoire. Les vrais noms vous racontent l'histoire des choses auxquelles ils appartiennent, dans ma langue, en vieil entique comme vous pourriez dire »[2] (SdA2/III ch. 4). A une occasion ultérieure, Sylvebarbe commença à rendre la désignation entique de Orques directement en langue commune, réalisant ensuite que cela prendrait bien trop de temps alors qu’il parlait à des espèces semblables aux humains : « Il y eut une grande irruption de ces, burárum, aux - yeux-mauvais - mains-noires - jambes-arquées - coeurs-de-pierre - doigts-griffus - panse-répugnante - assoiffés-de-sang, morimaite - sincahonda, houm, mais comme vous êtes des gens pressés et que leur nom complet est aussi long que les années de tourment, ces vermines d'Orques. »[3] (SdA3/VI ch. 6 ; morimaite-sincahonda est « aux mains noires - au coeur de pierre » en quenya.) Ainsi le « mot » entique pour Orque était une description assez longue et très minutieuse des Orques et de leurs attributs. Dans quelques cas, Sylvebarbe utilisa aussi des éléments de quenya et les enfila les uns à la suite des autres comme il l’aurait fait dans sa propre langue, comme laurelindórenan lindelorendor malinornélion ornemalin. Dans Letters:308, Tolkien explique que « les éléments sont laure, or, pas le métal mais la couleur, ce que nous appellerions lumière dorée ; ndor, nor, terre, pays ; lin, lind-, un son musical ; malina, jaune ; orne, arbre ; lor, rêve ; nan, nand-, vallée. De sorte qu’il veut dire approxiamativement : "La vallée où les arbres dans une lumière dorée chantent musicalement, une terre de musique et de rêves ; il y a des arbres jaunes là, c’est une terre d’arbre-jaune." » Un autre exemple similaire est Taurelilómëa-tumbalemorna Tumbaletaurëa Lómeanor, que Tolkien traduit « Forêt-très-ombrée - profonde-vallée-noire. Profonde-vallée-forestée Sombre-terre ». Par ceci Sylvebarbe signifia, « plus ou moins », il y a une ombre noire dans les vallées profondes de la forêt (Appendice F). Ces exemples nous donnent un apperçu de la syntaxe excessivement complexe et répétitive de l’entique. Le commentaire « plus ou moins » est certainement justifié. Dans le sens le plus vrai, l’entique était probablement impossible à traduire dans aucune langue humaine. Une « traduction » pourrait seulement être un très bref et incomplet synopsis de l’énoncé original. Jim Allan spécule : « Un propos en entique, s’il pouvait être compris par des oreilles humaines, serait peut-être comme une sorte de poésie très verbeuse et enchevêtrée. Il y aurait répétitions sur répétitions sur répétitions, avec de légères variations. S’il y avait quoi que ce soit que nous pourrions appeler une phrase, elle procéderait dans une sorte de forme de spirale, s’enroulant vers le point principal, et ensuite se déroulant à nouveau, effleurant tout au long de son chemin ce qui a déjà été dit et ce qui sera dit » (An Introduction to Elvish p. 176).
Armé de cette connaissance nous pouvons mieux comprendre la propre description de l’entique par Sylvebarbe : « C'est une très belle langue, mais il faut très longtemps y pour dire quoi que ce soit, parce que nous ne disons rien dans cette langue, à moins qu’il ne vaille la peine de prendre un long temps pour dire, et pour écouter. »[4] L’ent Bregalad reçut son nom elfique « Vifsorbier » - quand il dit oui à un autre ent avant que ce dernier ait fini sa question ; ceci fut considéré comme très « précipité » de sa part (peut-être la fin de la question n’était qu’à une heure ou deux de là). Nous comprenons que l’entique n’est pas la langue à utiliser si vous voulez dire « passe moi le sel ». Lorsqu’il écouta les délibération de la Chambre des Ents, Pippin « commença de se demander si, l'entique étant une langue si peu « hâtive », ils avaient dépassé même le simple Bonjour, et, au cas où Sylvebarbe devait faire l'appel, combien de jours il faudrait pour que tous chantent leur nom. "Je me demande comment on dit oui et non en entique", pensa-t-il. » (LotR2/III ch. 4) Nous devons supposer que les « mots » entiques pour oui et non étaient de longs et répétitifs monologues sur les sujets « je suis d’accord » contre « je ne suis pas d’accord », ainsi même la « réponse rapide » de Bregalad prit probablement son temps. Mais il apparaît que les Ents ne communiquaient pas toujours par « dialogues », un seul parlant à la fois. Durant la Chambre d’Ents, « les Ents débutèrent par un lent murmure : l'un d'eux se mettant d'abord de la partie, puis un autre se joignant à lui, et ainsi de suite jusqu'à ce que tous chantassent ensemble en une longue cadence montante et descendante, tantôt plus forte d'un côté avant de s'éteindre pour s'élever sur un autre point à une sonorité retentissante ». Evidemment le débat fut une longue symphonie pulsante de nombreuses opinion exprimées simultanément, se mélangeant lentement en une conclusion. Ceci pourrait expliquer pourquoi il ne fallut pas une éternité avant que les Ents décident d’une ligne de conduite.
Néanmoins, il va sans dire que ce n’était pas une langue pour des êtres percevant le temps comme nous le faisons. Des étrangetés de ce genre sont ce à quoi l’on peut attendre lorsqu’on traite la langue d’arbres marchant.


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Notes de Traduction
[1] La version originale donne « long winded », traduit par « prolixe » par Tina Jolas, mais dont la traduction littérale est plutôt « interminable, verbeux, intarisable ».
[2] Traduction légèrement modifiée. Etonnament, Francis Ledoux traduit ici l'anglais entish par « entien » alors que plus loin il utilise « entique ».
[3] Traduction légèrement modifiée.
[4] Traduction légèrement modifiée (SdA2/III ch. 4).

* Traduction française pour Ardalambion.fr par Sébastien Bertho, avec l'aimable autorisation de l'auteur. Les inexactitudes et les éventuelles erreurs sont entièrement de la responsabilité du traducteur. Les autres articles non traduits de Helge sont disponibles en Anglais sur son site Ardalambion, une véritable référence pour ceux qui s'intéressent aux langues inventées par Tolkien. Publié sur ce site avec l'aimable autorisation du traducteur.
Index d'Ardalambion.fr

# Posté le mercredi 25 juillet 2007 09:51

Modifié le jeudi 26 juillet 2007 14:57

Un peu plus sur la les ents et l'entique

Un peu plus sur la les ents et l'entique
L’APPEL DE LA FORÊT
texte © Edouard Kloczko (reproduction interdite)

Les Ents, ces êtres mi-végétaux, mi-hommes, les « bergers » des arbres, sont, avec les Hobbits, les créations parmi les plus originales de Tolkien. Ce dernier écrira, dans l’une de ses lettres, que ses Ents furent modelés avec de la philologie, de la littérature et une parcelle de vie. Dans une autre lettre, il précisera l’origine de ce nom étrange. Le mot ent provient directement du vieil anglais et il signifie « géant ».
Les Ents sont des êtres doués pour les langues, presque autant que les Elfes. La langue qu’ils se fabriquèrent fut à nulle autre pareille. Cette langue, que Tolkien appelle Entish et que nous pouvons appeler l’entique, est peut-être la seule langue véritablement « utopique » qu’imagina Tolkien. L’entique est impossible à apprendre pour un non-Ent. Elle est une recréation des bruissements de la forêt.

La structure de l’entique
Tolkien écrit dans l’appendice F du Seigneur des Anneaux que l’entique était lent, sonnant, agglutinant, répétitif et luxuriant (en anglais "long-winded"). La grande particularité de l’entique serait qu’il possédât un très grand nombre de voyelles ("vowel-shades") et des tons mélodiques ("distinctions of tone and quality"). C’est pour ces raisons que l’entique était très compliqué à mettre par écrit, car transcrire les tons est très complexe. Toujours d’après l’appendice F, les linguistes Elfes n’y sont pas parvenus. Les Hobbits s’y sont essayés, mais de manière très imparfaite, leurs transcriptions sont inexactes. Manifestement elles n’indiquent pas les tons entiques.
Nous ne connaissons qu’un seul « long murmure entique » : a-lalla-lalla-rumba-kamanda-lindor-burúme. C’est une partie du nom de la colline sur laquelle Merry et Pippin rencontrèrent l’ent Fangorn. Le mot lindor pourrait être un emprunt à l’elfique. La base elfique *lind- se rapporte à la musique et au chant (cf. quenya Lindar). Le mot entique lindor pourrait avoir un rapport avec la musique ou le chant.
En entique, chaque objet possède un « nom véritable » qui retrace son histoire. Mais en entique, le nom grandit et se transforme avec le temps. Il vieillit avec l’objet ou l’être qu’il désigne. Mais l’ent Fangorn porte un nom sindarin : fang-orn « barbe-arbre », soit en français « arbre barbu ».
Le long murmure qui devait désigner les Orques en entique était, très certainement, une liste décrivant les mauvaises actions de ce peuple.
texte © Edouard Kloczko (reproduction interdite)

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# Posté le mercredi 25 juillet 2007 09:57

Modifié le jeudi 26 juillet 2007 15:03

Westron - le parler commun (des hommes et de ceuix qui leur parle)

Westron - le parler commun
par Helge K. Fauskanger *

Aussi nommé Adûni (son propre terme, PM:316), Sôval Phârë (« Parler Commun » en westron), et (en sindarin) Annúnaid « *westron1 » ou Falathren « La Langue des Rivages ».
La langue réellement parlée par les personnages du Seigneur des Anneaux, et dans laquelle le Livre Rouge était en fait rédigé, était nommée Adûni, terme que Tolkien traduisit en anglais par westron. Tolkien s'en explique : « La langue dont le rôle, dans cette Histoire, est tenu par l'anglais, était le Westron ou "Parler Commun" des pays de l'Ouest, usitée en Terre du Milieu, au Troisième Age. Durant cette période, le westron était devenu la première langue - la langue courante - de presque tous les peuples doués de paroles (sauf les Elfes) qui vivaient dans les confins des antiques Royaumes d'Arnor et de Gondor ; c'est-à-dire tout le long du littoral, depuis l'Umbar au sud, jusqu'aux Monts Brumeux et l'Ephel Duath. Le parler westron s'était également répandu le long de l'Anduin, gagnant en amont les terres à l'ouest de la Rivière et à l'est des Montagnes, jusqu'aux Champs d'Iris. Au terme de cet Age, à l'époque de la Guerre de l'Anneau, telles étaient encore ses limites en tant que langue maternelle » (Appendice F). Alors que le westron du Gondor se teintait d'archaïsmes, les Hobbits en utilisaient un dialecte plus rustique. Il est aussi indiqué que le westron était utilisé comme seconde langue par tous ceux qui conservaient leur propre langue, comme les Drúedain (Woses) et les Rohirrim. Même les Orques employaient, au besoin, une forme dégradée de westron. En Mordor, Frodon et Sam comprirent ce que les deux Orques qui les recherchaient se disaient l'un à l'autre, car étant des Orques « d'espèces différentes, ils usaient du Langage Commun à leur façon » (Livre VI, ch.2). Le westron est la langue à apprendre avant d'entrer dans une machine à remonter le temps et de rejoindre le Troisième Age. Apprendre le quenya à la place serait comme apprendre le latin avant de se rendre en Europe : il n'y aurait pas beaucoup de personnes aptes à vous comprendre à votre arrivée.
Originellement, le westron était un « parler humain, bien qu'enrichi et poli sous l'influence des Elfes. C'était, à l'origine, le langage de ceux que les Eldar appelaient les Atani ou Edain, « Pères des Hommes », c'est-à-dire les gens des Trois Maisons d'Amis-des-Elfes qui s'en vinrent à l'ouest s'établir en pays Beleriand, au Premier Age » (Appendice F). Au second Age, l'adûnaic de Númenor était parlé dans les forteresses et dans les ports que les Númenoréens régissaient sur les côtes de la Terre du Milieu : « un adûnaic adultéré car s'y mêlaient quantité de mots des Hommes moindres ; et naquit de la sorte un Parler Commun qui se répandit le long des côtes parmi tous ceux qui étaient en rapport avec l'Île d'Extrême Occident » (Appendice F). Ce processus s'est maintenu après la Submersion de Númenor : « Les gens d'Elendil n'étaient pas nombreux, car seulement quelques grands bateaux avaient échappé à la Submersion et survécu au tumulte des océans. Ils trouvèrent, il est vrai, beaucoup d'habitants de leur propre sang sur les rivages occidentaux, proches ou lointains descendants de marins et de gardiens des forts et havres qui s'étaient installés là durant les jours anciens ; néanmoins tous dirent que les Dúnedain ne formaient plus qu'une petite peuplade au milieu d'étrangers. Par conséquent ils utilisèrent le westron dans tous leurs rapports avec d'autres hommes et dans tous les royaumes qui vinrent sous leur régence ; et ce parler commun s'étendit donc et [...] s'enrichit plus encore de mots issus de la langue adûnaique des Dúnedain et du noldorin [lire : sindarin] » (PM:33-34). Selon PM:315, le westron a en partie dévié de l'adûnaic par négligence : les Fidèles de Númenor survivants ne tenaient pas l'adûnaic en haute estime, car c'était la langue des Rois rebelles de l'Ouistrenesse2 qui avaient essayé de supprimer toutes les autres langues. Néanmoins cette langue a plus tard été « polie sous l'influence de l'elfique ». Tolkien décrivait le westron comme « quelque peu melangé, à la manière de l'anglais moderne » (Letters:425). Les éléments elfiques du westron peuvent probablement être comparés au nombreux mots français qui ont été adoptés en anglais.

LA STRUCTURE DU WESTRON
Nous ne connaissons que très peu de choses sur le westron, pour la simple et bonne raison que Tolkien l'a presque partout traduit en anglais ! Quelques mots de westron authentique sont donnés dans l'appendice F du Seigneur des Anneaux, et davantage (en comparaison) dans The Peoples of Middle-earth. Tolkien traduisit même les noms des Hobbits en anglais. Il n'y eut jamais aucun Hobbit du nom de Frodo3, Sam, Pippin ou Merry ; leurs vrais noms étaient Maura, Ban, Razar et Kali. Le terme hobbit lui-même n'est qu'une traduction du mot kuduk utilisé au Troisième Age (dérivé du vieil anglais holbytla « habitant d'un trou » de la même manière que kuduk descendrait du vieux terme kûd-dûkan de même signification, qui s'est conservé à l'identique en rohirrique). Maura (« Frodo ») et ses amis n'auraient pas reconnu le mot « hobbit » comme tel ; ils disaient kuduk.
A propos de la phonologie et de la structure du westron, David Salo observe (dans un entretien privé) : « Les sonorités [consonantiques] de l'adûnaic tardif et du westron sont à peu de choses près les mêmes. Ils ont en commun les sons p, b, t, d, k, g, m, n, ng, r, ph, th, s, z, h, y, l. Il est dit dans le SdA que le westron possède les palatales ch, sh, mais seule sh est illustrée dans le corpus. Le westron possède aussi hr-, hl-. Nous n'avons aucun exemple de w, mais le v existe, contrairement à l'adûnaic. Il est possible que le westron ait changé le w en v. Les mots westrons ne sont pas totalement dissemblables de l'adûnaic : ils contiennent ce qui pourrait être des mots à racine triconsonantique (gamba "bouc", tapuk "lapin", galab "gibier4", laban "sac", narag "nain", zilib ou zilbi "beurre"), ainsi qu'un grand nombre de mots à deux consonnes : rama "homme", zara "vieux", bana "demi", rapha "bogue" ou "teigne de bardane" (anglais burr5) ».
Les voyelles forment un système classique à 5 entités : les sons brefs a, e, i, o, u et les longs â, î, ô, û. La voyelle longue ê n'est en fait représentée dans aucun mot, mais son existence est sous-entendue par une note de bas de page dans l'Appendice E : il y est précisé que certains interlocuteurs prononçaient les é et ó en westron comme des ei et des ou, « plus ou moins comme dans l'anglais say no ». Cette prononciation, bien que « relativement répandue », était tenue pour incorrecte et rustique. Sans qu'il soit vraiment nécessaire de le préciser, c'était évidemment la prononciation en usage chez les Hobbits. Le westron aurait aussi possédé des voyelles atténuées6.
Le westron ne possédait pas les sons ty, hy du quenya ; les habitants du Gondor qui utilisaient le haut-elfique leur substituaient ch (comme dans l'anglais church) et sh. Le westron ne possédait pas non plus le ch du mot allemand ach ; voir CLI3:76-77 [UT:319]. Par conséquent, le mot sindarin Rochand, Rochan devint Rohan dans la prononciation du Gondor.
Un changement phonologique tardif est mentionné dans PM:320 : les consonnes doubles (longues) furent réduites en consonnes simples entre deux voyelles, tunnas « garde » étant prononcé tunas (sans être en principe épelé ainsi). Dans certaines combinaisons, les consonnes furent altérées ; le mot tunnas lui-même représente une forme antérieure tudnas.

Les terminaisons
La terminaison -a se rencontre apparemment dans les noms désignant l'agent d'une action, comme pûta « souffleur » et batta « parleur ». La terminaison -a était aussi masculine (PM:46), du moins dans le dialecte hobbit. Tolkien, en traduisant le Livre Rouge, a anglicisé ces noms par une terminaison en -o, par exemple « Bilbo » pour l'authentique forme hobbite Bilba. Les terminaisons -o et -e étaient féminines ; Tolkien a probablement substitué un -a au -o.
La terminaison plurielle semble être -in, comme dans cûbuc « Hobbit », pluriel cûbugin (PM:49 - cûbuc fut changé en kuduk à la publication du SdA). Tolkien envisagea plusieurs formes de terminaisons plurielles telles que -a, -il, -en, avant de se décider pour -in (l'idée de consonnes occlusives non voisées devenant sonores devant cette terminaison plurielle - ici cûbucvs. cûbugin - fut apparemment abandonnée plus tard).
Il semble que le westron, à l'instar des langues scandinaves, utilise un suffixe au lieu d'un article défini indépendant : Sûza « Comté », Sûzat « La Comté »7.
Le westron archaïque semble avoir possédé à l'origine des désinences, mais vers la fin du Troisième Age, ces marques casuelles ont été perdues. Nargian dans Phurunargian « Dwarrowdelf » est une forme fossilisée du génitif pluriel de narag « Nain ». David Salo avance la théorie suivante : « Comme l'adûnaic ne possède de vrai génitif, il faut supposer qu'il s'est transformé (par agglutination de suffixes), durant le Troisième Age, en une langue à flexions possédant toute une étendue de cas, et qu'il perdit ensuite à nouveau ces désinences. Nargian pourrait être *nargii (une racine plurielle incluant l'ancienne terminaison -i de l'adûnaic) + an, l'ancienne marque du génitif [en adûnaic], maintenant postposée plutôt que préfixée8 ».
Le nom raza « un étranger » (anglais stranger) et l'adjectif razan « étranger » (anglais foreign) semblent démontrer l'existence d'une terminaison adjectivale -n.
Le participe passé peut vraisemblablement prendre la terminaison -nin ; voir karnin ci-dessous.
Nous ne connaissons pas la forme des pronoms en westron, mais nous possédons quelques informations à leur sujet : « La langue westrone comporte une nuance distinctive, affectant les pronoms à la seconde et parfois à la troisième personne du singulier, une nuance indépendante du genre, entre les formes "familières" du pronom, et les formes "courtoises". Et on jugera bien caractéristique de la langue un peu rude qui se parlait dans la Comté, que la forme "courtoise" y soit tombée en désuétude. Elle ne s'était perpétuée que chez les villageois, ceux du Quartier de l'Ouest plus particulièrement, qui en avaient détourné le sens pour s'en servir comme terme de bonne amitié. C'était là un des aspects auxquels songeaient les gens du Gondor lorsqu'ils jugeaient étrange le parler hobbit. Peregrïn Touque, par exemple, durant les premiers temps de son séjour à Minas Tirith, utilisait ces formes pronominales comme termes d'adresse envers les gens de qualité y compris le Seigneur Denethor lui-même. Ça pouvait amuser le Vieux Surintendant, mais les serviteurs ne manquaient pas de s'en étonner. Nul doute que le libre usage qu'il faisait de ces formes familières n'ait accrédité la rumeur selon laquelle Peregrïn était un grand personnage en son propre pays » (Appendice F). Il s'est avéré impossible de représenter de manière adéquate les distinctions pronominales du westron dans la traduction anglaise que Tolkien fit du Livre Rouge.

L'influence elfique
La forte influence de l'elfique sur le westron est remarquable, même dans notre petit corpus. Certains mots peuvent avoir été empruntés à l'avarin par les ancêtres des Edain, et être passés en westron via l'adûnaic, d'autres ont pu être directement empruntés au sindarin par les Dúnedain en exil après la Submersion.
balc « horrible » semble être apparenté au mot sindarin balch « cruel », dérivé de la racine primitive ÑGWAL « tourment » (LR:377).
batta « parleur » est sans nul doute apparenté au quendien primitif KWET « parler » (telerin commun *PET) ; cf. le sindarin peth « mot », muté en beth par lénition.
karnin « *fendu » (isolé par déduction de Karningul « Combe Fendue ») semble être apparenté à la racine elfique SKAR « déchirure » ; la terminaison participiale -nin est aussi très semblable à la terminaison sindarine -nen (comme dans dirnen, tirnen « gardé, *surveillé » de tir- « observer » ; cf. Talath Dirnen « La Plaine Fortifiée [lit. Guardée] »).
nas « peuple », décrit dans PM:320 comme étant emprunté au sindarin nos ou au quenya nossë, « parenté, famille ». Dans de tels mots, « le o court de l'elfique devint un a », à l'évidence parce qu'ils furent empruntés à l'elfique par l'adûnaic, avant de passer en westron. L'adûnaic avait seulement un ô long, mais possédait un a court. Les emprunts altérèrent la qualité des voyelles plutôt que leur quantité.
nîn « eau » doit être apparenté à la racine elfique NEN « eau », quenya nén, sindarin nen pluriel nîn.
ras « cor » (musical)9 ; cf. quenya rassë « corne », sindarin -ras comme dans Caradhras « Rubicorne [lit. Corne Rouge] ».
zîr « sage » est très proche du quenya saira.

LEXIQUE WESTRON/HOBBIT
Toutes les formes rejetées ont été exclues ; Tolkien fit beaucoup beaucoup d'expérimentations. Quand des formes de PM sont en désaccord avec des formes du SdA, les premières ont en général été omises silencieusement. L'orthographe de Tolkien a été retenue partout, mais le c et le k représentent en réalité le même son, k étant préféré dans le SdA (voir Tûk).
Voici la liste des mots westrons10 :
*Adûn- : « ouest » dans Adûni « westron » (cf. adûn en adûnaic)
Adûni : « westron » (PM:316).
ba-, ban(a) : « demi » (PM:51).
banakil : « semi-homme, Hobbit » (Appendice F, notes finales).
balc : « horrible » (UT:313, CLI3:47,71).
Ban : « Sam », souvent tenu pour être le diminutif de Bannâtha de la même manière que Sam l'est de Samuel, mais dans le cas de Sam Gamegie, c'était le diminutif de Banazîr (PM:51).
Banazîr : « à moitié-sage, simplet » (Appendice F).
*bara- : « vif (?) », isolé de Barabatta « discoureur, volubile » (PM:52).
Barabatta : « discoureur, volubile » ; anglais Quicktalker, littéralement « rapide-parleur » (PM:52).
-bas : « -wich, -wick » , terminaisons anglaises fréquentes dans les noms de villages et signifiant approximativement « demeure (de) » en français (PM:48, Appendice F, notes finales).
*batta : « parleur (?) », isolé de Barabatta « discoureur, volubile » (PM:52).
Batti Zilbirâpha : « Barney Butterburr11 », nom westron de l'aubergiste de Bree, Prosper Poiredebeurré (PM:60, 52).
Bilba : « Bilbo, Bilbon » (PM:50).
Bophîn : « Boffin », de sens oublié ; le nom a simplement été anglicisé - « Bophin » en français (Appendice F).
bolg- : « renflement » (PM:48).
Bralda : « capiteux » dans Bralda-hîm.
Bralda-hîm : « bière capiteuse », calembour sur le nom de la rivière Baranduin (ou Branda-nîn), traduit par « Brandevin » (Appendice F, notes finales).
branda- : « bord, marche (frontalière) ».
Brandagamba : « Marchbuck, Brandybuck » en anglais (lit. « Marche-bouc » et « Brandy-bouc »), « Brandebouc ».
Branda-nîn : « Eaux-frontières », la rivière Baranduin (Appendice F, notes finales).
Bunga : « Bungo, Bungon ».
Bunga Labingi : « Bungo Baggins, Bungon Sacquet » (PM:48).
castar : une pièce de monnaie de quelque espèce, de laquelle un tharni était le quart (PM:45).
gad- : « rester », dans Ranugad, q.v.
galap, galab- : « gibier12 » (PM:48/Appendice F, notes finales).
Galbasi : « Gamgee, Gamegie » (Appendice F, notes finales).
gamba : « bouc », dans Brandagamba « Brandybuck, Brandebouc » et Zaragamba « Oldbuck, Vieilbouc » (Appendice F, notes finales).
*gul : « vallée (?) », déduit de Karningul « Rivendell, Fondcombe » (lit. « vallée fendue ») (Appendice F).
hamanullas : petite fleur bleue inconnue, traduite « lobelia » (PM:47).
hîm(a) : « bière, ale » (PM:54), dans Bralda-hîm, q.v. (Appendice F, notes finales).
hloth(o) : « cot, cottage, résidence, trou de hobbit », habitation comportant habituellement deux pièces (PM:49, Appendice F, notes finales).
hloth-ram(a) : « cottager, cotman, villageois, habitant d'un hloth (q.v.) » (PM:49).
Hlothram : « Cotman », nom du grand-père du fermier Cotton (Appendice F, notes finales).
Hlothran : « Cotton » (nom propre) ; voir Lothran.
kali : « gai, enjoué ».
Kalimac : un nom dont le sens a été oublié, mais inévitablement associé à kali ; à partir de quoi Tolkien traduisit Kalimac par « Meriadoc » et le diminutif Kali par « Merry » (Appendice F).
*karnin : « fendu (?) » (déduit de Karningul « Rivendell », Appendice F).
Karningul : « Rivendell, Fondcombe » (Appendice F).
kast : « mathom » (tiré de la langue du Rohan kastu ; ce mot était probablement utilisé dans le dialecte westron des Hobbits).
kuduk : « Hobbit », uniquement utilisé dans le dialecte Hobbit ; Les autres personnes parlant westron utilisaient banakil « semi-hommes » (Appendice F, notes finales).
laban : « sac » (PM:83).
Labingi : « Baggins, Sacquet » (PM:48).
Laban-neg : « Bag-End, Cul-de-Sac » (PM:83).
Lothram : « Cotman » (nom propre) (PM:49).
Lothran : « Cotton », nom d'un village hobbit (PM:49), composé de hlotho + rân, q.v. Orthographié Hlothran dans l'Appendice F, notes finales.
luthur, luthran : « duvet » (PM:49).
maur- : mot n'existant pas en westron contemporain, mais en rohirrique ancien cela signifiait « sage, expérimenté ». Voir Maura.
Maura : « Frodo, Frodon » (PM:50). Il n'existait pas de mot maur- en westron contemporain, mais en rohirrique ancien cela signifiait « sage, expérimenté » ; à partir de quoi Tolkien traduisit Maura par un nom germanique de sens similaire.
narag- : « nain » (PM:58), génitif pluriel archaique nargian, comme dans Phurunargian « caverne-des-nains, Dwarrowdelf » (Appendice F).
nargian : « des nains », ancien génitif pluriel que l'on retrouve dans Phurunargian « caverne-des-nains » (Appendice F).
nas : « peuple, gens ». Dans tudnas, q.v. Emprunt au Quenya nossë ou au Sindarin nos, « parenté, famille ». (PM:320).
neg : « fin » (nom), dans Laban-neg « Cul-de-Sac » (PM:83).
nîn : « eau », dans Branda-nîn.
Ogmandab : « Gorhendad », nom d'un Vieilbouc (PM:83).
*phârë : « langue (?) » dans Sôval Phârë « Parler Commun » (en fait nous ne pouvons pas être absolument certains de quelle partie représente le sens « langue » et l'autre le sens « commun »).
phur- : « creuser ».
phûru : « creuseur » (archaïque).
Phurunargian : « Caverne des Nains, Dwarrowdelf ».
*pût- « (donner, souffler un) coup (?) » dans Raspûta q.v.
pûta : « frappeur (sonneur) » (*pût- « coup » ?), dans Raspûta.
*ram(a) : « homme (?) » dans hloth-ram(a) « habitant d'un hloth (q.v.) » et Hlothram « Cotman ».
rân : « un village, un petit groupe d'habitations sur un bord de colline » (PM:49).
ran(u) : « demeure, village » (aussi utilisé à la manière de la terminaison anglaise ham « foyer » dans les noms de lieux).
Ranugad : « Stay-at-home, Casanier », correspond à l'Anglais Hamfast (Appendice F).
râph(a) : « bogue » ou « teigne de bardane13 » (anglais burr, PM:60), dans Zilbirâpha.
ras- : « cor » (PM:45, 47), dans Raspûta.
Raspûta : « Sonneur de cor », « Sonnecor » selon le SdA (PM:45, 47).
raza : « un étranger » (nom), razan : « étranger » (adjectif) (PM:51).
Razanur : « Peregrïn », sens inconnu, mais probablement lié à raza, razan. Voir aussi Razar.
Razanur Tûc : « Peregrïn Touque » (PM:51) ; cf. Razar.
razar : une petite pomme rouge (une pomme reinette, en anglais pippin).
Razar : « Pippin », associé au sens propre du mot razar, mais c'est en fait un diminutif de Razanur (PM:51).
ribadyan : « byrding, personne célébrant un anniversaire » (Letters:290).
*sôval : « commun (?) », dans Sôval Phârë « Parler Commun » (en fait nous ne pouvons pas être absolument certains de quelle partie représente le sens « langue » et l'autre le sens « commun »).
Sôval Phârë : « Parler Commun » (PM:55).
Sûza : « Comté », littéralement « sphère d'occupation », division d'un royaume (PM:45)
Sûzat : « La Comté », avec article suffixé (PM:45).
tapuc : « lapin » (PM:49)
tarkil : « Descendant des Númenoréens » (Appendice F)
tharantîn : « quart, quatrième part » (PM:45).
tharni : « quart de sou, quartier », s'utilisant pour une pièce de monnaie, mais aussi pour désigner les quartiers de la Comté (PM:45).
trah- : une racine hobbite qui est apparemment relative à l'action de ramper à travers un trou ; PM:54.
trân : « smial », probablement spécifique au dialecte hobbit ; cf. le mot Rohirrim trahan (Appendice F).
TUD : « surveiller, garder » (racine) (PM:320).
tudnas : « garde », un ensemble d'hommes ayant la fonction de garde (TUD-nas : « gens de garde, lit. garde-gens »). Ultérieurement orthographié tunnas ; plus tard encore prononcé avec un n court (simple), mais toujours écrit normalement, avec nn, consonne longue (double) ; l'écriture incorrecte **tunas était présente dans le manuscrit du Livre de Mazarbul et fut reproduite par Tolkien par une écriture incorrecte équivalente gard dans sa reconstitution originale de cette page, mais cette faute volontaire ne passa pas à la publication du SdA (PM:320 et TI:458).
Tûc : autre orthographe de Tûk, « Touque » (PM:46).
tûca : un ancien mot signifiant « téméraire » selon la tradition des Touques, mais il semble que ce soit une hypothèse non fondée. Voir Tûk.
Tûk : (ainsi écrit dans l'Appendice F, Tûc dans PM:46) « Touque ». Selon la tradition des Touque, tûca « était un ancien mot signifiant "téméraire", mais il semble que ce soit une hypothèse non fondée » ; en conséquence, Tolkien anglicisa simplement l'orthographe, ce qui donna le nom « Took ».
**tunas : écriture incorrecte de tunnas « garde », q.v.
tunnas : forme ultérieure de tudnas « garde », q.v.
zara- : « vieux ».
Zaragamba : « Oldbuck, Vieilbouc » (Appendice F, notes finales).
zîr(a) : « sage », que l'on retrouve dans Banazîr « à moitié sage, simplet » (Appendice F, PM:51).
zilib, zilbi- : « beurre », dans Batti Zilbirâpha « Barney Butterburr », q.v. (PM:60, 52).
P.S. : Quel que puisse être le mot le mot pour « jardin » en westron, Carl F. Hostetter et Patrick Wynne soutiennent, dans le fanzine américain Vinyar Tengwar n°32, qu'il doit nécessairement commencer par un G comme le mot anglais garden. C'est évidemment ce que l'on peut déduire des paroles de Galadriel envers Sam, lorsqu'elle lui donne une boite ayant une rune d'argent gravée sur le couvercle, avant que la compagnie ne quitte la Lórien : « Ceci représente un G pour Galadriel, dit-elle, mais ce peut aussi bien évoquer un jardin dans votre langue ». Hostetter et Wynne soutiennent que le mot signifiant « jardin » en westron pourrait en finale dériver de la racine elfique 3AR (LR:360), remarquablement similaire à la racine indo-européenne dont descend l'anglais garden. « En fin de compte, l'anglais garden est ainsi d'origine eldarine », concluent-ils. « Nous pouvons affirmer qu'il y a effectivement des "fées au bas de notre jardin"14. »




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Notes de traduction
1 Le terme Westron utilisé par J.R.R. Tolkien pourrait être traduit en français, plus ou moins littéralement, par « occidentalien ». Nous conserverons cependant le terme original dans cet article, mais en appliquant les usages français pour les noms de langues (écriture en minuscule et accord de l'adjectif, e.g. « la langue westrone », tout comme on dit « la langue anglo-saxone »).
2 Ouistrenesse : traduction maladroite de Westernesse par F. Ledoux. La relation avec « ouest » n'apparaît pas vraiment au lecteur francophone sous cette forme, et il aurait sans doute été préférable d'opter pour « L'Occidentale » afin de mieux rendre compte du sens de ce mot. De même, F. Ledoux traduit Westron par « ouistrien ». Sans commentaire (voir note précédente).
3 Frodo : Frodon dans la traduction française de F. Ledoux.
4 Le mot anglais game a le double sens de « jeu » et « gibier ». Le bon sens voudrait que la seconde option s'applique ici.
5 Elément du nom propre Barney Butterburr, Batti Zilbirâpha en westron (notre Prosper Poiredebeurré de la traduction française de F. Ledoux). Le terme anglais donné par Tolkien est burr, qui se traduit par « bogue (de marron, de chataigne) » ou par « teigne (de bardane) ». C'est peut-être cette seconde interprétation qu'il faudrait retenir ici, Butterburr étant « un nom de type botanique, comme on les préférait à Bree » (PM:52). La bardane (latin arctium lappa, anglais burdock) est une plante qui pousse facilement dans les décombres et dont les fruits - les teignes en question - adhèrent facilement aux vêtements. Ses fruits auraient inspiré l'inventeur du système « Velcro ». On la connait plus communément sous les noms de rhubarbe sauvage, tabac du diable, graquias, herbe à la teigne, grappon, gratteau, peignerolle, glouteron. Cependant, PM donne le texte du brouillon des appendices du Seigneur des Anneaux. Peu de temps avant la publication, le nom de l'aubergiste fut changé en Barliman Butterbur (voir PM:70, §51). Ainsi orthographié, butterbur se traduit par « pétasite » (lat. petasites vulgaris), une plante dont les larges feuilles servaient, dit-on, à envelopper le beurre. Ce terme correspond au choix définitif de Tolkien, sur lequel il s'étend dans son « Guide to the Names in The Lords of the Rings » écrit à l'usage des traducteurs (A Tolkien Compass, 1975). Pour conclure : Tolkien, qui était féru de botanique, a envisagé plusieurs interprétations pour le nom de l'aubergiste de Bree (de Barnabé Beurrebardane ou Beurrebogue à Prosper Pétasite, pourrions-nous dire). Avec son approximatif Prosper Poiredebeurré, F. Ledoux se contente de conserver un semblant d'alitération, mais il ne respecte aucune de ces étymologies botaniques. [Avec nos remerciements à Cédric Fockeu et Philippe Garnier pour leur contribution à cette note]
6 Helge Fauskanger parle de reduction vowels dans son texte original, ce que nous avons choisi de traduire littéralement par « voyelles atténuées ». A notre humble connaissance, cependant, ce n'est ni un terme linguistique, ni une dénomination très précise. En fait, ces propos font écho à la présentation des Runes de Daeron dans l'appendice E du Seigneur des Anneaux, où Tolkien nous indique qu'il existait en khuzdul comme en westron des voyelles semblables à celles qui figurent dans le mot anglais butter. Techniquement, la première est une voyelle postérieure étirée d'aperture 3 (représentée par un v inversé en phonétique) ; la seconde, une voyelle centrale étirée dont le degré d'aperture se situe entre les niveaux 2 et 3, communément appelée un schwa (un e à l'envers en phonétique). Tolkien ajoute qu'elles étaient parfois « affaiblies ou évanescentes ». Nous ne savons pas si ces voyelles étaient distinguées d'une quelconque façon à l'écriture.
7 A titre de comparaison, le danois possède aussi un article défini postposé, qui peut prendre les formes -et ou -en : par exemple barnet « l'enfant » et manden « l'homme » (L'aventure des langues en Occident, Henriette Walter, Laffont : 1994, pp. 300-301). Avec le quenya modelé sur le finnois, le sindarin d'inspiration galloise, l'adûnaic et le khuzdul à caractère sémitique, nous pouvons dire que J.R.R. Tolkien a exploré de nombreuses constructions linguistiques ! En prenant exemple sur le danois, peut-être l'article du westron se matérialise-t-il sous la forme *-et après une consonne, par exemple *razaret « la pomme reinette ».
8 Les propos de David Salo renvoient implicitement à SD:429 (formation du pluriel en adûnaic) et à SD:435, note 14 (préfixe adjectival).
9 Le terme anglais horn a le double sens de « cor (de chasse) » et « corne (d'un animal) ». Dans les Etymologies, le second sens est retenu, avec une mention indiquant qu'on l'appliquait aussi, par extension, à un pic montagneux (LR:383). Fort du rapprochement entre les formes elfique et westrone, Helge Fauskanger considère que la polysémie du terme anglais s'applique apparemment aussi à la racine elfique, et que son sens strictement musical est passé en westron.
10 La présentation de cette liste diffère légèrement de celle retenue par Helge Fauskanger. Nous lui avons ajouté quelques entrées, essentiellement des déductions à partir de noms composés cités dans le corpus. Celles-ci, ainsi que les mots non attestés, sont signalés par une étoile * placée devant le mot en question. Nous nous sommes aussi permis de compléter certaines définitions afin de les rendre plus accessibles au lecteur francophone, par exemple en indiquant la traduction de F. Ledoux en plus de l'interprétation littérale. Afin de ne pas surcharger le lexique, ces ajouts ne sont pas distingués du texte original. [Nos remerciements à Edouard Kloczko pour ses corrections]
11 Voir note 5, ci-dessus.
12 Voir note 4, ci-dessus.
13 Voir note 5, ci-dessus.
14 Fairies at the bottom of our garden : expression britannique utilisée à diverses occasions envers les enfants.

Conclusion
Comme le lecteur n'aura pas manqué de l'observer, notre connaissance du westron reste encore très parcellaire à ce jour. La traduction de l'article de Helge Fauskanger en français présente quelques difficultés, comme nous avons pu le voir par exemple pour l'interprétation de Butterburr. Nous ne pouvons pas toujours certifier la traduction exacte de certains termes. La prochain dictionnaire d'Edouard Kloczko (bientôt disponible) abordera cette langue en détail. Connaissant le sérieux des ouvrages d'Edouard Kloczko (voir son Dictionnaire des langues elfiques, volume I, Quenya), gageons que ce nouvel opus nous réservera quelques surprises...

* Traduction de l'anglais pour Ardalambion.fr par David Boulbes, augmentée par Sébastien Bertho, révisée et annotée par Didier Willis, avec l'aimable autorisation de l'auteur. Les inexactitudes et les éventuelles erreurs sont entièrement de la responsabilité des traducteurs. Les autres articles non traduits de Helge sont disponibles en anglais sur son site Ardalambion, une véritable référence pour ceux qui s'intéressent aux langues inventées par Tolkien. Publié sur ce site avec l'aimable autorisation des traducteurs (merci David et Didier !), cet article est aussi disponible sur Hiswelókë, le site de Didier Willis, ainsi que plusieurs articles très intéressants et un dictionnaire de sindarin.
Index d'Ardalambion.fr

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# Posté le mercredi 25 juillet 2007 10:00

Modifié le jeudi 26 juillet 2007 15:09

Le Hobbit

Le Hobbit
La langue parlée par les Hobbits

a- Vision externe
À l’époque de l’écriture du Seigneur des Anneaux, Tolkien imagina d’abord les Hobbits comme parlant une langue propre, différente de la langue commune, une sorte de « hobbitique ». Il concevait alors la langue commune ou occidentalien (angl. Westron) comme directement issue de la langue des Elfes de l’Ouest. Cette conception évolua au fil de l’élaboration du Seigneur des Anneaux pour aboutir finalement à une langue d’origine humaine (bien qu’influencée par les langues elfiques) parlée par tous les habitants de la Terre du Milieu : le sôval phâre (littéralement « langue commune »).

b- Vision interne
Nous ne disposons d’aucun document indiquant que les Hobbits aient parlé une langue de leur invention. Avant leur migration vers l’Eriador, ils parlaient une langue nordique proche du rohirique (ou rohanais). Les Hobbits migrèrent en Eriador vers 1050 TA, probablement chassés par l’Ombre qui s’étendait alors sur Vert-Bois-Le-Grand (rebaptisé à cette époque la Forêt Noire). Ils adoptèrent par la suite la langue commune et oublièrent peu à peu leur ancienne langue, bien que certains mots lui soient encore affiliés comme nous le verrons par la suite. Le Clan des Forts (angl. Stoors) adopta, semble-t-il, une langue dunlandaise1 avant d’immigrer dans la Comté vers 1650 TA et ainsi adopter également la langue commune.

À la fin de la Guerre de l’Anneau, soit près de 2000 ans après le début de la migration des Hobbits, la langue commune avait évolué en un dialecte régional ou géolecte. Cette évolution est signifiée dans le Seigneur des Anneaux, où l’on découvre que le gardien de la porte de Bree reconnaît les quatre Hobbits à leur façon de parler2, de même que les Gondoriens trouve un fort accent aux Hobbits de la Comté et du Pays de Bree. Edouard Klozcko compare cette différence à celle que nous ferions entre le français parlé en France et celui usité au Québec.

« les Hobbits parlaient pour la plupart un idiome rustique, tandis qu’au Gondor et au Rohan, on utilisait une langue plus ancienne, plus formelle et plus concise. » Le Seigneur des Anneaux, appendice F, chapitre II, Des problèmes de traduction. Ces différences linguistiques amènent à d’étranges situations. Ainsi, les Hobbits ayant pris l’habitude de se tutoyer entre eux, le vouvoiement était quelque peu tombé en désuétude dans leur parler. Peregrïn Touque (Pippin) se permit, par exemple, de tutoyer Denethor II, ce qui amusa sûrement le vieil intendant et accrédita les rumeurs selon lesquelles Pippin était issu de quelque haute lignée.
Les Hobbits : leurs noms
Les Hobbits sont de la race des Hommes, comme le définit Tolkien dans Letters, « a small variety of the human race ». Une note postérieure au Seigneur des Anneaux incluse dans les Contes & Légendes Inachevés (Appendice, Les mesures linéaires númenoréennes) explique que leur petite taille serait due à la nécessité de se cacher des autres et à devenir un peuple « traqué et secret ». D’autre part, on y découvre que la dénomination de « Semi-hommes » leur aurait été attribuée par les Númenoréens. En effet, même après la Submersion de Númenor et le début de leur déclin, les Númenoréens ou Dúnedain en s. (lit. « Hommes de l’Ouest » [Dún-edain]) pouvaient encore mesurer jusqu’à 2 mètres. Ce qui, au regard des standards de taille chez les Hobbits (0,60 à 1,20 m), convient tout à fait.

Voici la liste des noms donnés aux Semi-hommes :

• Banakil s.p. « Semi-Homme » (lit. [Bana-kil]). Pour plus d’informations, voir l’appendice F et PMe p.83.

• Halfling pl. Halflings « Semi-Hommes », nom employé par les Hommes.

• Hobbit pl. Hobbits néologisme angl. correspondant au s.p. Kuduk employé par les Semi-Hommes pour désigner ceux de leur race. Ce mot dérive du r. Holbytla.

• Holbytla pl. Holbytlan r. « fouisseur, bâtisseur de souterrains », étymon de Hobbit, probablement issu de la combinaison des mots du v.a. hol « orifice, endroit creux » et bitan « mordre » (étymon de l’angl. bite) ou beatan « battre » (étymon de l’angl. beat).

• Kuduk nom s.p. exclusivement employé par les Hobbits pour désigner ceux de leur race. Ce mot dérive du r. Kûd-dûkan « habitant de trou ». Pour plus d’informations voir l’appendice F et Pme p.69.

• Perian pl. Periain, pl. géné. Periannath s. « Semi-Hommes », terme employé par les Elfes.
De la traduction
L’appendice F ainsi que les brouillons qui s’y rapportent dans The Peoples of Middle-earth nous font découvrir un travail d’orfèvre. En effet, Tolkien n’a pas laissé tels quels les mots inventés dans ses langues apparentées à la langue commune mais a cherché à les traduire dans toutes les nuances que la langue anglaise lui offraient3. Ainsi on constate, par exemple, que les mots issus de la langue commune ont été transposés en anglais moderne, et ceux plus archaïques de la langue nordique (parlée autrefois par les Hobbits) ou de celle des Rohirrim ont été traduits par le vieil anglais.
Il est intéressant de rappeler ce que Tolkien écrivit dans une note datée du 9 février 1942 présentée dans PMe :

Language of Shire = Modern English
Language of Dale = Norse (used by Dwarves of that region)
Language of Rohan = Old English
‘Modern English’ is lingua franca spoken by all people (except a few secluded folk like Lórien) – but little and ill by orcs.

Bien qu’il s’agisse d’un brouillon, cela préfigurait déjà beaucoup ce qui allait advenir.

En faisant ce choix, Tolkien comptait rendre, quoique de manière moins subtile, les différences entre les langues de son univers, donnant par exemple aux langues elfiques un statut proche de notre latin. Cette technique permet au lecteur (anglophone tout du moins…) de s’approprier la langue commune, de se rendre compte que le rohirique est une langue plus ancienne et que le sindarin (inscription de la porte Ouest de la Moria) ou le quenya (poème d’adieu de Galadriel) paraissent plus « antiques » encore.
Tolkien s’explique de ce choix en donnant l’exemple de Fondcombe (angl. Rivendell), nommée en s.p. Karningul et en s. Imladris. Ces deux noms, s’ils avaient été laissés tels quels, auraient paru d’égale ancienneté au lecteur alors que leur emploi diffère autant que celui de Winchester pour l’ancienne Camelot.

Il est difficile de traduire l’esprit d’un livre écrit spécifiquement pour la langue anglaise (et ses ancêtres). Une traduction de qualité aurait sûrement nécessité la contribution de Tolkien. La version française ne rend pas hommage à cette recherche linguistique et de nombreux choix se sont révélés erronés, en particulier concernant les noms des personnages, les toponymes et les appendices.
Les jours et les mois
Et à cette époque aussi ils oublièrent les langues qu’ils pouvaient avoir parlées antérieurement, pour adopter dorénavant le langage ordinaire, nommé ouistrain […] Ils conservèrent néanmoins quelques mots à eux, ainsi que leurs propres appellations pour les mois et les jours et un grand fond de noms personnels du passé.
Le Seigneur des Anneaux, Prologue, chapitre I, Des Hobbits
a- Les jours de la semaine
Après leur migration, les Hobbits adoptèrent la semaine d’origine númenoréenne divisée en sept jours. Mais ils ne conservèrent pas l’usage des noms elfiques. À leur place, ils se mirent à employer des termes de leur invention.
De ces termes, nous connaissons deux états. Le premier et le plus ancien nous est transmis par le Livre de Raison de Tuckborough (angl. Yearbook of Tuckborough soit littéralement « Annuaire de Tuckborough »). Cet ouvrage, surnommé « Peaujeaune » (angl. Yellowskin) en raison de la couleur de sa couverture, recensait les évènements marquants des familles Touque (naissances, décès, mariages) ainsi que d’autres faits tels les ventes de terres ou les évènements survenus dans la Comté. Il présente, sous une forme archaïque, les sept jours de la semaine hobbite. Le deuxième état est bien sûr celui en usage à l’époque de la Guerre de l’Anneau présenté dans l’appendice D.
Jours de la semaine
Signification Semaine númenoréenne Semaine hobbite Forme française
Forme quenya Forme sindarine Forme archaïque Forme en usage
Jour des Étoiles Elenya Orgilion Sterrendei Sterday samedi
Jour du Soleil Anarya Oranor Sunnendei Sunday dimanche
Jour de la Lune Isílya Orithil Monendei Monday lundi
Jour de l’Arbre Aldea Orgaladh Trewsdei Trewsday mardi
Jour du Ciel Menelya Ormenel Hevensdei Hevensday (Hensday) mercredi
Jour de la Mer Earenya Oraeron Meresdei Mersday jeudi
Jour des Valar Tárion Orbelain Highdei Highday vendredi


N’ayant pu trouver aucune étude sérieuse sur la forme hobbite (archaïque ou en usage) des noms de jours, je me suis hasardé à rechercher de possibles origines à ces néologismes. Ces hypothèses sont le fruit d’un travail personnel d’amateur, non celui d’un professionnel. Le lecteur est donc invité à parcourir les lignes suivantes avec précaution. Je ne saurais, par ailleurs, trop conseiller à toute personne intéressée de la chose de faire, par elle-même, des recherches plus approfondies.

1- Sterrendei / Sterday : on peut imaginer dans l’élément sterr- la présence du v.a. steorra, étymon4 de l’angl. star « étoile », ou peut-être faut-il rechercher plus loin, avec les formes *sterron ou *sternon issues de l’ancêtre des langues germaniques (anglais y compris), ou plus simplement l’allemand stern.
À noter que dans ses brouillons, Tolkien proposa un temps la déformation de Sterday en Stirday, rappelant que la signification de ce nom aurait été perdue avec le temps et que les Hobbits l’auraient assimilé à l’angl. stir « s’agiter » puisqu’il s’agit du premier jour de la semaine, équivalent à notre lundi.

2- Sunnendei / Sunday : v.a. sunne, étymon de l’angl. sun « soleil ».

3- Monendei / Monday : v.a. mona, étymon de l’angl. moon « lune ».

4- Trewesdei / Trewsday : v.a. treo / treow « arbre, bois », étymon de l’angl. tree « arbre ».

5- Hevensdei / Hevensday : l’étymon v.a. heofon de l’angl. heaven ne semble pas très approprié, le bas allemand heben pourrait avoir influencé le choix de Tolkien. Ou plus simplement, Tolkien aurait retiré le -a- de l’angl. heaven.

6- Meresdei / Mersday : v.a. mere « mer, océan, lac », étymon de l’angl. mere « étang, petit lac ».

7- Highdei / Highday : angl. high « haut ».

La terminaison -day des noms en usage à l’époque de la Guerre de l’Anneau nous ramène sans doute possible à l’angl. day « jour ». Quant à la terminaison archaïque -dei, son origine anglaise est peu probable étant donné que le mot day est issu du v.a. daeg et non du latin dies (pl. dei). Au regard du travail de « traduction » mené par Tolkien, il ne semble pas déraisonnable de penser que la terminaison -dei est un étymon imaginaire de -day, peut-être une forme qu’il aurait pu avoir en vieil anglais.

Christopher Tolkien fait remarquer dans The Peoples of Middle-earth que son père semble avoir pris un plaisir particulier à faire « rimer » les noms des jours de la semaine hobbite avec ceux de la semaine anglaise soit :

Trewesday
Hevensday
Mersday
Highday

vs.

Tuesday
Wednesday
Thursday
Friday

Sans parler du simple fait que Sunday et Monday soient tous simplement homophones et homonymes.
Son père lui expliqua qu’il ne s’agissait là que d’une simple coïncidence, mais connaissant les jeux linguistiques alambiqués du professeur, le lecteur est en droit de se poser des questions !
b- Les mois

Noms des mois
Forme française La Comté Pays de Bree
Janvier Afteryule Frery
Février Solmath (aussi prononcé et écrit Somath) -
Mars Rethe Chithing (employé dans le Quartier Est)
Avril Astron -
Mai Thrimidge -
Juin Forelithe Lithe
Juillet Afterlithe Mede
Août Wedmath -
Septembre Halimath Harvestmath (employé dans le Quartier Est)
Octobre Winterfilth Wintring
Novembre Blotmath Blooting
Décembre Foreyule Yulemath


En 1978, Jim Allan présentait déjà dans AITE une étude sérieuse de l’origine des noms des mois du calendrier de la Comté. On retrouve les mêmes éléments d’étude près de 25 ans plus tard dans ETM4 écrit par Edouard Kloczko.

1- Afteryule : v.a. æfter-Geola « après le jour de Noël / le solstice d’hiver ». Ce mois est celui qui suit la fête de la mi-hiver et marque le début du nouvel an chez les Hobbits. Le terme Yule peut être employé en anglais moderne à la place de Christmas « Noël ».

1bis- Frery : v.a. freorig « gelé, glacé », proche de frimaire, mois de notre calendrier républicain. Nom donné au premier mois de l’année dans le Pays de Bree.

2- Solmath : v.a. sol-monað « mois boueux ». Le v.a. monað est l’étymon de l’angl. month « mois » et à l’origine de la terminaison -math de certains mois.

3- Rethe : v.a. Hreð-monað. Bede, un historien du VIIe siècle de notre ère, affirme dans De Temporium Ratione que Hretha était le nom d’une déesse.

3bis- Chithing : v.a. ciðing « germant », proche de germinal, mois de notre calendrier républicain. Nom donné au quatrième mois de l’année dans le Pays de Bree.

4- Astron : v.a. Eastron étymon de l’angl. Easter « Pâques ». Bede nommait ce mois Eosturmonath et déclarait qu’Eostre était le nom d’une déesse.

5- Thrimidge (anciennement Thrimilch, parfois écrit Thrimich): v.a. þri-milce « trois laits ». Bede déclarait qu’à cette époque de l’année les vaches pouvaient être traites jusqu’à trois fois par jour.

6- Forelithe : v.a. ærra-Liða « avant Liða ». Selon Jim Allan, le mot Liða signifiait probablement à l’origine « lune ». Ce qui désignerait alors la nouvelle lune avant et après le solstice d’été.
Edouard Klozcko nous explique que le v.a. liða correspondait chez les Anglo-Saxons à nos mois de juin et juillet, le Lithe étant chez les Hobbits la fête de la mi-été.

6bis - Lithe : v.a. Liða. Nom donné au sixième mois de l’année dans le pays de Bree.

7- Afterlithe : v.a. æfter-Liða « après Liða ».

7bis- Mede : v.a. mœd « plaine » étymon de l’angl. meadow « pré, prairie », Edouard Kloczko présente aussi le mercien med. Nom donné au septième mois de l’année dans le Pays de Bree.

8- Wedmath : v.a. weod-monað « mois de l’herbe ». weod est l’étymon de l’angl. weed « mauvaise herbe ».

9- Halimath : v.a. halig-monað « mois saint ». Jim Allan nous explique que « Bede déclare que c’était le mois pour faire des sacrifices » alors qu’Edouard Klozcko écrit que « C’était un mois consacré aux divinités païennes, selon Bede ».

9bis- Harvestmath : v.a. hærfest-monað « mois des récoltes ». Nom donné au neuvième mois de l’année dans le Pays de Bree.

10- Winterfilth : v.a. winter-fylleð « hiver complet ». Chez les Anglo-Saxons, ce mois marquait le début de l’hiver et la fin de l’année.

10bis- Wintring : mot signifiant « hivernal » (angl. wintry) formé à partir de winter. Nom donné au dixième mois de l’année dans le Pays de Bree.

11- Blotmath : v.a. blot-monað « mois des sacrifices ». Des animaux étaient sacrifiés durant ce mois pour bien passer l’hiver. Aussi prononcé Blommath ou Blodmath par confusion avec l’angl. blood « sang » (issu du v.a. blod).

11bis- Blooting : v.a. blot « sacrifice ». Nom donné au onzième mois de l’année dans le Pays de Bree.

12- Foreyule : v.a. ærra-Geola « avant le jour de Noël / le solstice d’hiver ».

12bis- Yulemath : v.a. Geola-monað « mois de Yule (de Noël) ». Nom donné au douzième mois de l’année dans le Pays de Bree.


Jim Allan nous apprend que Yulemath et Harvestmath sont de véritables noms de mois en vieil anglais.
Noms de famille & prénoms
a- Noms de famille
Tolkien décida de traduire les noms de famille hobbits afin de les rendre plus « familiers » aux oreilles de ses lecteurs (anglophones tout du moins).

Voici la liste des noms de famille traduits par Tolkien :

Bolgra n. pr. nom de famille anglicisé en Bolger. [PMe/48]
Bophîn n. pr. nom de famille anglicisé en Boffin (fr. Bophin), la tradition familiale voulait qu’il signifie « qui rie à gorge déployée ». [AppF, PMe/48]
branda n. frontière, marche. [AppF]
Brandagamba n. pr. « Bouc [du pays] frontalier » (lit. [Branda-gamba]), nom que se mirent à porter les Zaragamba quand ils colonisèrent la rive droite de la Branda~nîn (vers 2340 TA), angl. Brandybuck, francisé en Brandebouc. [AppF, PMe/84]
Galbas n. pr. nom de famille anglicisé en Gammidge. [PMe/49]
Galbasi n. pr. surnom du Hobbit Hob Gammidge, anglicisé en Gammidgy. [AppF]
Galpsi n. pr. nom de famille, angl. Gamgee, fr. Gamegie. [AppF]
gamba n. chèvre, bouc. [AppF]
Hlothram n. pr. nom de famille, angl. Cotman. [AppF]
Hlothran n. pr. nom de famille, angl. Cotton. [AppF, PMe/51]
Labingi n. pr. nom de famille, angl. Baggins, fr. Sacquet. [PMe/48]
Raspûta n. pr. « qui souffle dans un cor » (lit.), angl. Horn-blower, fr. Sonneur-de-Cor ou Sonnecor. [PMe/45/47]
Tûk n. pr. angl. Took, fr. Touque. D’après la tradition familiale, leur nom serait issu d’un ancien mot hobbit signifiant « hardi, téméraire, courageux », mais il ne s’agit là que d’une tradition sans réels fondements. [AppF, PMe/46/48/58]
Zaragamba n. pr. « vénérable bouc » (lit. [Zara-gamba]), angl. Oldbuck. [AppF]
Zilbirâpha 1. n. Bot. chapelière ou pétasite. 2. n. pr. employé à Bree, angl. Butterbur. [PMe/52/70]
b- Prénoms
Les prénoms hobbits peuvent être classés en 5 catégories :

1) Les prénoms issus des légendes des Hobbits et des Hommes, tels Bandobras, Fredegar ou Menelgilda. Ces prénoms sont spécifiques à certaines anciennes familles aristocratiques, comme les Touque ou les Bolger. La plupart de ces prénoms se trouvent dans l’arbre des Touque de l’appendice C.

2) Les prénoms courts sans signification particulière. Selon les normes du parler hobbit, les prénoms masculins se terminaient en -a et ceux féminins se terminaient en -o ou en -e. Ils ont généralement été anglicisés en -o (Bilbo, Frodo) pour les prénoms masculins et en -a pour les prénoms féminins (Dora, Belba).
La plupart se trouvent dans l’arbre des Sacquet de l’appendice C.

3) Les prénoms courts issus du v.a. ou de langues apparentées (Samwise, Hamfast, Barliman). La plupart de ces prénoms se trouvent dans le Grand-Arbre aux Aïeux de Maître Samsagace de l’appendice C.

4) Prénoms issus de noms de fleurs et de pierres précieuses (Lily, Rose, Diamond, Ruby). Cette coutume était adoptée par l’ensemble des Hobbits, toutes familles confondues. Les prénoms ainsi donnés étaient exclusivement féminins.

5) Prénoms à consonance vaguement celtique tels Bombadil, Gormadoc, Kalimac. Ces prénoms sont particuliers au Pays de Bouc, apparemment dérivés du langage des Forts du Sud. Hormis pour Bombadil et Kalimac, ces prénoms se trouvent tous dans l’arbre des Brandebouc de l’appendice C. Aucun prénom féminin de ce type n’a été attesté dans le corpus.

En fait, les gens du Maresque et du Pays de Bouc, à l’est de la rivière, qu’ils occupèrent par la suite, arrivèrent pour la plupart postérieurement dans la Comté, venant du sud ; et ils ont encore maints noms particuliers et maints mots étranges qui ne se rencontrent pas ailleurs dans la Comté.
Le Seigneur des Anneaux, Prologue, chapitre I, Des Hobbits


Cette classification en cinq catégories est issue de AITE. Pour plus d’informations, quant à la signification en v.a. de certains prénoms notamment, consulter AITE.

Voici ceux des prénoms qui furent donné par Tolkien en langue commune :

Arambil prén. m. son étymologie est inconnue, il est souvent abrégé en Bil. [PMe/51]
ba- préf. demi, à moitié. [PMe/51]
ban- préf. demi, à moitié. [PMe/51]
Ban prén. m. diminutif du prénom Bannâtha, excepté pour Ban Galpsi (fr. Sam Gamegie) où Ban renvoie alors au prénom Banazîr. [AppF, PMe/51]
banazîr adj. « à moitié sage » (lit.), simplet (mot obsolète dans la Comté). [AppF]
Banazîr prén. m. « à moitié sage » (lit.), fr. Samsagace (angl. Samwise), abrégé en Ban. [AppF]
Bannâtha prén. m. son étymologie est inconnue, il est souvent abrégé en Ban. [PMe/51]
Barabatta prén. m. bavard, grand parleur (angl. quick-talker, babbler), traduit par le prénom Barnanas. Prénom donné à l’origine à l’aubergiste du Poney Fringant, changé par la suite en Barliman. [PMe/52]
Batti prén. m. diminutif du prénom Barabatta, traduit par le prénom anglais Barney. [PMe/52/60]
Bil prén. m. diminutif des prénoms Bildad, Bilkuzal et Arambil. [PMe/51]
Bilba prén. m. prénom sans signification anglicisé en Bilbo. [PMe/50]
Bildad prén. m. prénom porté par la famille Bolgra, anglicisé en Bolger. [PMe/51/70]
Bunga prén. m. prénom sans signification, anglicisé en Bungo. [PMe/46/48]
Hamanullas 1. n. Bot. espèce de petite fleur bleue. 2. prén. f. angl. Lobelia, fr. Lobelie. [PMe/47]
Mat prén. m. diminutif des prénoms Mattalik et Matta. [AppF, PMe/51]
Matta prén. m. prénom abrégé en Mat. [AppF]
Mattalik prén. m. prénom abrégé en Mat. [PMe/51]
Maura prén. m. angl./fr. Frodo. Ce prénom est apparenté au r. maur « sage, expérimenté », il a été traduit par Frodo en angl. car il contient le v.a. frod « sage ». [PMe/50]
Ranugad prén. m. prénom abrégé en Ran, angl./fr. Hamfast. [AppF]
ranugad adj. « qui reste au village » (lit.), casanier. [AppF]
Razanur n. pr. nom d’un voyageur légendaire chez les Hobbits. [PMe/51]
Razanur prén. m. angl. Peregrin, fr. Peregrïn, abrégé en Razar (Pippin). Notez la ressemblance avec l’angl. pipin « pépin » et la signification du s.p. razar. [PMe/51]
razar n. sorte de petite pomme rouge. [PMe/51]
Razar prén. m. diminutif du prénom Razanur, angl./fr. Pippin. [PMe/51]
Tim prén. m. diminutif du prénom Tolma. [AppF]
Tôbi prén. m. diminutif du prénom Tobias, angl./fr. Toby. [PMe/51]
Tobias prén. m. angl./fr. Tobold, abrégé en Tôbi. [PMe/51/69/70]
Tom prén. m. diminutif des prénoms Tomba, Tomakka & Tombûran. [AppF, PMe/51]
Tomakka prén. m. angl. Tolman. [PMe/51]
Tomba prén. m. [AppF]
Tombûran prén. m. [PMe/51]
zâra adj. vieux, vénérable. [PMe/51]
Zâra-tôbi prén. m. angl. Old Toby, fr. Vieux Toby. [PMe/51]
zîra adj. intelligent, sage. [PMe/51]

Le prénom Kalimac – plus connu sous le nom de Meriadoc - n’entre pas dans cette liste. En effet, il s’agit d’un prénom originaire du Pays de Bouc et non de la langue commune. Ce prénom n’avait pas de signification particulière mais était abrégé en Kali soit « gai, joyeux » en s.p. d’où sa traduction anglaise en Meriadoc et Merry.

Voici donc les noms et prénoms des plus fameux Hobbits du Seigneur des Anneaux :
Forme anglaise Forme française Forme sôval phâre
Bilbo Baggins Bilbo Sacquet Bilba Labingi
Frodo Baggins Frodo Sacquet Maura Labingi
Samwise (Sam) Gamgee Samsagace (Sam)Gamegie Banazîr (Ban) Galpsi
Meriadoc (Merry) Brandybuck Meriadoc (Merry) Brandebouc Kalimac (Kali) Brandagamba
Peregrin (Pippin) Took Peregrïn (Pippin) Touque Razanur (Razar) Tûk


Anciens Mots & Noms dans la Comté
« Il [Meriadoc Brandebouc] écrivit un court traité des Anciens Mots & Noms dans la Comté où il montrait un intérêt particulier à découvrir la parenté avec le langage des Rohirrim de « mots de la Comté », tels que mathom et d’anciens éléments dans les noms de lieux. »
Le Seigneur des Anneaux, Prologue, Note sur les archives de la Comté
a- Les Anciens Mots
• Hobbit ce mot a déjà été présenté au début de cet article. Il s’agit d’un néologisme anglais de Tolkien afin de traduire le s.p. Kuduk.
Dans son travail de traduction, Tolkien assimila donc Hobbit au s.p. Kuduk, ces deux mots possédant respectivement les formes plus anciennes Holbytla et Kûd-dûkan. Le premier est un néologisme en v.a. qui traduit l’archaïsme de la langue du Rohan et du terme r. Kûd-dûkan. Holbytla est donc l’étymon de Hobbit, la traduction du s.p. Kuduk. Pour plus d’informations sur le mot Kuduk voir l’appendice F et PMe p.69.

• mathom ce mot désigne un objet inutile mais dont on ne veut pas se séparer, souvent un cadeau. Tolkien s’est servi du v.a. maðum « chose de grande valeur, souvent un cadeau » comme étymon. Il est traduit par le s.p. cast, forme proche du r. castu. Pour plus d’informations sur le mot cast, voir l’appendice F et PMe p. 53.

• Stoor(s) (fr. Fort(s)) On retrouve dans ce terme non pas du v.a. mais le scandinave stór- « grand, fort » qui donne leur nom aux Stoors. Ce mot du dialecte hobbit fut emprunté par les Forts à la langue des Hommes de Dale (le dalien) près desquels ils vivèrent un temps. Le mot dalien correspondant est Tung. Tolkien exprime ainsi une différence entre le rohanais (le vieil anglais) et le dalien (le scandinave, plus au Nord). Pour plus d’informations sur le mot Tung, voir PMe p.53.

• smial mot imaginé à partir du v.a. smygel « trou, terrier ». Soit le s.p. trân et le r. trahan, voir aussi Sméagol et Déagol.

• Sméagol ce nom est sensé être un équivalent v.a. de Trahand, un nom d’une langue des Hommes du Val de l’Anduin signifiant « capable de ramper dans un trou ».

• Déagol ce nom est sensé être un équivalent v.a. de Nahand, un nom d’une langue des Hommes du Val de l’Anduin signifiant « capable de se cacher, mystérieux ».
b- Noms dans la Comté
Tolkien a, comme pour les noms et prénoms hobbits, effectué un travail de traduction du sôval phâre vers l’anglais. Mais il ne s’est pas contenté de cela. Ainsi le philologue malicieux que l’on connaît a pris plaisir, comme à son habitude, à des jeux linguistiques sur certains de ces toponymes. Voici quelques uns d’entre eux.

• Bralda-hîm s.p. « bière enivrante ». Il s’agit du nom donné par les Hobbits à la rivière Baranduin. La ressemblance entre les deux noms (hobbit et sindarin) parle d’elle-même. Mais alors que le nom s. officiel Baranduin signifie « Rivière Brune », le s.p. Bralda-hîm est plus imagé. En effet, les Hobbits comparaient la couleur et l’écume de la rivière à celle de la bière.

• Branda-nîn s.p. « rivière frontalière ». Un autre nom plus formel pour cette rivière, qui rappelle son utilisation comme délimitation de la frontière orientale de la Comté.

• Laban-neg s.p. « Cul-de-Sac ». Ce nom n’est pas sans rappeler le nom de famille s.p. Labingi, angl. Baggins, fr. Sacquet. Dans PMe, nous découvrons que Tolkien nomma originellement ce lieu Labin-nec (> Laban-nec > Laban-neg).

• Sûzat s.p. « La Comté ». Edouard Klozcko nous explique que Tolkien s’ai servit du norrois Sýsla pour créer le mot s.p. Sûza « Comté ». Ce terme est issu du vocabulaire institutionnel de la Scandinavie médiévale et désignait le district qu’avait en charge un agent royal ou sýslu-maðr.

• Thain ce terme semble provenir du v.a. thegn qui désignait un homme dont le rang se trouvait entre celui des comtes (angl. earls) et des hommes libres (angl. freemen).

• tharni s.p. « Quartier [de la Comté] ». ce mot était employé dans ce sens par les Hobbits mais les Gondoriens l’employait pour désigner, dans leur unité monétaire, un quart de kastar.

Voici la liste des toponymes et mots associés traduits en s.p. par Tolkien :

bas n. demeure, logement. [AppF, PMe/48]
-bas suff. terme de toponymie employé dans la Comté pour traduit la terminaison anglaise -wick, -wich (v.a. wic « village, hameau »). [AppF, PMe/48]
bralda adj. enivrant, grisant. [AppF]
Bralda-hîm topo. « bière enivrante » (lit.), angl. Brandywine, fr. Brandevin, ce nom est un jeu de mots avec le nom elfique de la rivière (s. Baranduin) et le fait que cette rivière avait une couleur et une écume rappelant la bière. [AppF]
brand(u-) n. écume. [PMe/54]
branda n. frontière, marche. [AppF]
Branda-nîn topo. « rivière de la frontière » (lit.), rivière délimitant la frontière orientale de la Comté, s. Baranduin. [AppF, PMe/84]
Galabas topo. village de la Comté, probablement dans le Quartier Ouest, angl. Gamwich. [AppC, AppF]
hloth n. habitation souterraine hobbite constituée de deux pièces, angl. smial. [AppF]
hlotho n. petite demeure constituée de deux pièces. [PMe/49]
Hlothran topo. village de la Comté, angl. Cotton. [AppF]
laban n. sac. [PMe/83]
Laban-neg topo. « Cul-de-Sac » (lit.), toponyme probablement influencé par le nom de famille Labingi (angl. Baggins, fr. Sacquet) qui y avait construit un smial. [PMe/83]
neg n. bout, fin. [PMe/83]
ran n. village, hameau. [AppF]
sûza n. comté, province, division territoriale des royaumes d’Arnor et de Gondor. [PMe/51]
Sûza topo. angl. Shire, fr. Comté. [PMe/51]
Sûzat topo. angl. The Shire, fr. La Comté. [PMe/45]
tharantîn n. 1. le quart de quelque chose. 2. un quart, un quartier. [PMe/45]
tharni n. 1. pièce de monnaie du Gondor valant un quart de kastar. 2. un des Quartiers de la Comté. [PMe/45]
trân n. habitation souterraine hobbite. [PMe/53]

Letters

Il reste enfin un dernier terme s.p. qui n’a trouvé sa place dans aucun des paragraphes précédents :

ribadyan n. personne qui célèbre son anniversaire, angl. byrding. [L/290]

Ce terme nous est donné par Tolkien dans une de ses lettres où il explique en détails les origines de la tradition hobbite des cadeaux d’anniversaire.
Sources
• Le Seigneur des Anneaux, John Ronald Reuel Tolkien, éditions Christian Bourgois

• The History of Middle-earth, volume 12, The Peoples of Middle-earth, John Ronald Reuel Tolkien, édité par Christopher Tolkien, éditions HarperCollins

• Encyclopédie de la Terre du Milieu, tome IV, Dictionnaire des langues des Hobbits, des Nains, des Orques et autres créatures de la Terre du Milieu, de Númenor et d’Aman, Edouard Kloczko, éditions ARDA

• An Introduction to Elvish And to Other Tongues and Proper Names and Writing Systems of the Third Age of the Western Lands of Middle-Earth as Set Forth in the Published Writings of Professor John Ronald Reuel Tolkien, Jim Allan et alii, éditions Bran’s Head Books
1. La langue des Hommes du Pays de Dun
2. « Des Hobbits ! Quatre Hobbits ! Et, qui plus est, de la Comté, d’après leur parler, dit le gardien à mi-voix, comme se parlant à lui-même. » Le Seigneur des Anneaux, Livre I, chapitre IX, A l’enseigne du Poney Fringant.
3. « Seules les langues étrangères au Parler Commun ont été laissées sous forme originelle » Le Seigneur des Anneaux, appendice F, chapitre II, Des problèmes de traduction.
4. étymon n. m. forme attestée ou reconstituée dont on fait dériver un mot.

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# Posté le mercredi 25 juillet 2007 10:03

Modifié le jeudi 26 juillet 2007 15:08

Valarin

Valarin
Valarin – comme l’éclat des épées
par Helge K. Fauskanger*


Aussi appelé : Valien, et (en quenya) Valya ou Lambë Valarinwa.
HISTOIRE INTERNE
Les Valar avaient créé leur propre langage, sans aucun doute la plus ancienne de toutes les langues d’Arda. Ils n’avaient pas besoin d’un langage parlé ; ils étaient des esprits angéliques et ils pouvaient aisément communiquer par télépathie. Mais comme le raconte l’Ainulindalë, « les Valar prirent pour eux-même forme et couleur1 » quand ils entrèrent en Eä au commencement du Temps. Ils devinrent des êtres incarnés par eux-même2. « La facture d’un lambe [langue] est la principale caractéristique d’un Incarné », observa Pengolodh le sage de Gondolin. « Les Valar, ayant revêtu une telle forme, devaient inévitablement, au cours de leur long séjour en Arda, s’être façonné une lambe » (WJ:397). Il n’y avait pas de doute que ce fut effectivement le cas, car il existait des références à la langue des Valar dans l'ancien savoir des Noldor.
Quand les Eldar arrivèrent en Valinor, les Valar et les Maiar adoptèrent rapidement le quenya et parfois même l’utilisèrent entre eux. Pourtant le valarin ne fut en aucun cas remplacé par le quenya, et on pouvait encore l’entendre lorsque les Valar tenaient leurs conseils solennels. « Les langues et les voix des Valar sont puissantes et sévères, » écrivait Rúmil de Tirion, « et pourtant, dans le même temps, subtiles et promptes à se mouvoir, créant des sons que nous trouvons difficiles à imiter ; et leurs mots sont pour la plupart longs et rapides, tels l’éclat des épées, le tourbillon des feuilles dans la tempête ou la chute de pierres dans les montagnes. » Pengolodh est moins lyrique, et aussi moins courtois : « Il est clair que l’effet produit par le valarin sur des oreilles elfiques n’était pas plaisant. » (WJ:398) Le valarin employait de nombreux sons étrangers aux langues eldarines.
Néanmoins, le quenya emprunta quelques mots au valarin, bien qu’ils dussent souvent subir de nombreux changements pour se conformer à la phonologie restrictive du haut-elfique. Du Silmarillion nous rappellerons l’Ezellohar, le Tertre Vert, et Máhanaxar, l’Anneau du Destin. Ce sont des mots étrangers en quenya, adoptés et adaptés des noms valarins Ezellôchâr et Mâchananaškad. Les noms des Valar Manwë, Aulë, Tulkas, Oromë et Ulmo, furent empruntés aux noms valarins Mânawenûz, A3ûlêz, Tulukastâz, Arômêz et Ulubôz (ou Ullubôz). Il en est de même du nom du Maia Ossë (Ošošai, Oššai). Les noms Eönwë et peut-être Nessa semblent aussi avoir été adoptés du valarin, bien que les formes originales des noms ne soient pas rapportées.
Quelquefois un mot quenya dérivé du valarin ne signifie pas exactement la même chose que le mot original. Le quenya axan « loi, règle, commandement » est dérivé du verbe valarin akašan, censé signifier « Il dit » – « il » n’étant nul autre qu’Eru Lui-même. Les Vanyar, qui étaient davantage en contact avec les Valar que les Noldor, adoptèrent également plus de mots de leur langue, comme ulban « bleu » (dont la forme originale valarine n’est pas donnée). Mais les Valar eux-mêmes encouragèrent les Elfes à traduire des mots valarins dans leur propre langue, qui était belle, plutôt qu’à adopter et adapter les formes valarines originales. Et ainsi firent-ils souvent : les noms Eru « l’Un = Dieu », Varda « la Sublime », Melkor « Celui qui s'élève en Puissance » et de nombreux autres sont de l’elfique à cent pour cent, mais aussi des traductions de noms valarins. Voir WJ:402-403 pour une liste complète de mots et de noms ainsi traduits.
Par des voies mystérieuses, le valarin influença aussi d’autres langues que le quenya. Il est intéressant de noter que le mot valarin iniðil « lys, ou toute autre fleur simple à larges pétales » apparaît en adûnaic (númenóréen) sous la forme inzil « fleur » (comme dans Inziladûn « Fleur de l’Ouest », UT:227, CLI 2:94). Comment un mot valarin a-t-il pu entrer en adûnaic ? Par le biais d'Elfes, peut-être même des Vanyar, visitant Númenor ? Par l’intermédiaire du khuzdul, si tant est qu’Aulë eût placé ce vocable dans la langue qu’il imagina pour les Nains ? Il y a peu de doute que le parler des ancêtres des Edain fut grandement influencé par la langue naine. Il n’y a pas de témoignage de la visite d’aucun Vala visitant Númenor, et qui ait jamais adressé directement la parole aux Númenóréens, et même si cela s’était produit, il aurait certainement utilisé une langue qu’ils pouvaient comprendre, et non le valarin.
Anthony Appleyard a fait remarquer qu’un mot du parler noir de Sauron, nazg « anneau », semble avoir été emprunté au valarin naškad (ou anaškad ? Le mot est isolé de Mâchananaškad « Anneau du Destin », nous ne pouvons donc être sûrs de sa forme exacte). En tant que Maia, Sauron devait connaître le valarin.
Un valarin pur fut-il jamais entendu hors du Royaume Béni ? Melian la Maia devait le connaître, mais il est évident qu’elle n’eut guère d’opportunités de le parler au cours de sa longue incarnation en tant que reine de Doriath. Beaucoup plus tard, au Troisième Âge, les Istari devaient connaître le valarin ; on peut supposer qu’ils le parlaient entre eux. Quand Pippin prit le palantír à Gandalf pendant son sommeil, il est rapporté que le mage « fit un mouvement dans son sommeil et marmonna quelques mots : ils semblaient être en une langue étrange » (SdA 2/III ch.11). Cela aurait-il pu être du valarin, le Maia Olórin revenant à sa langue maternelle alors qu’il est endormi ? (Mais d’un point de vue « externiste », il n’est même pas certain que Tolkien ait envisagé aucune langue valarine distincte à l’époque où le SdA fut écrit ; voir ci-dessous).
HISTOIRE EXTERNE
Les idées de Tolkien au sujet de la langue des Valar évoluèrent au cours du temps. Sa conception originelle était que le valarin était l’ancêtre ultime des langues elfiques – que l’elfique primitif se développa quand les Elfes tentèrent d’apprendre le valarin à Cuiviénen, par l’intermédiaire d’Oromë (voir LR:168). Cette idée fut plus tard rejetée ; dans la version publiée du Silmarillion, les Elfes inventèrent leur propre parler avant leur découverte par Oromë. Pour un temps, le concept entier d’une langue valienne fut abandonné : en 1958, dans une lettre à Rhona Beare, Tolkien établit que « les Valar n’avaient pas de langage propre, n’en ressentant pas le besoin » (Letters:282). Mais peu après, dans l’essai Quendi and Eldar datant de 1960 environ, la langue valarine réapparut, bien que désormais conçue comme très différente des langues elfiques et très certainement pas comme leur ancêtre (WJ:397-407). Comme noté plus haut, des mots valarins adaptés en quenya apparaissent dans le Silmarillion tel qu'il fut publié : Ezellohar, Máhanaxar.
Dans des sources antérieures, nous trouvons des étymologies elfiques pour des noms maintenant expliqués comme des emprunts au valarin. Par exemple, le nom d'Aulë, dieu de l'artisanat, est dérivé d’une racine GAWA « élaborer, concevoir, inventer » dans les Etymologies (LR:358). Le nom Valarin A3ûlêz apparut plus tard.
Il a été suggéré que l’inspiration de Tolkien pour le valarin était l’ancien babylonien ; certains ont le sentiment que le style général du valarin est réminiscent de mots tels qu’« Etemenanki », le nom de la grande tour (ziggurat) de Babylone. Cependant, de telles vues sont purement conjecturales, et nous devons à juste titre nous demander pourquoi Tolkien utiliserait le babylonien comme modèle pour le langage des dieux de sa mythologie. Plus vraisemblablement, son but était simplement de créer un style très particulier, puisque le valarin est censé être une langue totalement indépendante de la famille des langues elfiques, et qui plus est une langue développée et parlée par des êtres surhumains.
LA STRUCTURE DU VALARIN
Le valarin emploie un grand nombre de sons, et Tolkien a également utilisé, de manière exceptionnelle, de nombreuses lettres spéciales pour l’écrire. Il existe au moins sept voyelles, a, e, i, o, u (longues et brèves), ainsi qu’ æ (comme le a de l’anglais cat) et une variété spéciale et ouverte de o, sans doute à mi chemin entre les voyelles anglaises a et o, comme dans card et sore. Il y a un certain nombre de spirantes : ð (comme le th de l’anglais the), þ (comme le th de l’anglais thing), 3 (n’existe pas en anglais ; c’est l’équivalent aspiré de g, écrit gh dans l’orquien ghâsh), et ch comme dans l’allemand ou le gallois ach (que Tolkien représente par la lettre grecque chi dans son écriture du valarin). Les occlusives incluent les voisées b, d, g et les dévoisées p, t, k. Les digrammes ph, th, bh sont présumés représenter des occlusives aspirées, c’est-à-dire p, t, b suivies de h. Il existe au moins trois sifflantes, z, s et š, la dernière comme le sh de l’anglais she. Deux nasales, m et n, sont attestées. Le valarin possède également la vibrante r et la latérale l, ainsi que les demi-voyelles y et w.
La plupart des mots sont formés sur le modèle (V)CVCV etc., avec peu de groupes consonantiques, bien que br, lg, ll, gw, šk, st soient attestés en position médiane.
Un infixe pluriel -um- intervient dans Mâchanâz, pl. Mâchanumâz « Autorités, Aratar ». C’est tout ce que nous pouvons dire de la grammaire valarine (voir néanmoins ayanûz dans la liste ci-dessous, concernant une possible terminaison flexionnelle).
Le mot dušamanûðân « souillé 3 » semblerait être un participe passé de par son sens ; si nous avions connu le verbe « souiller », nous aurions pu isoler les morphèmes utilisés pour la dérivation de tels participes. Cependant, l’unique verbe attesté est akašân, censé signifier « il dit ». Il est probable que ce mot puisse être divisé entre une racine « dire » et des affixes signifiant « il » et « temps présent », mais nous ne pouvons isoler les morphèmes avec une quelconque certitude.
Comme cela a été mis en relief par Rúmil, les mots, en particulier les noms, ont tendance à être plutôt long, jusqu’à huit syllabes comme dans Ibrîniðilpathânezel « Telperion ».
Tous les noms connus des différents Valar se terminent en -z : A3ûlêz « Aulë », Arômêz « Oromë » (voir la liste de vocabulaire pour ce qui concerne l'orthographe), Mânawenûz « Manwë », Tulukastâz « Tulkas », Ulubôz ou Ullubôz « Ulmo ». D’autres noms n’ont pas cette terminaison, pas même celui du Maia Ossë (Ošošai, Oššai). Mais, et c’est peut-être significatif, les mots ayanûz « ainu » et Mâchanumâz « Aratar » ont la même terminaison. Dans l’entrée ayanûz de la liste de vocabulaire ci-dessous, il est suggéré qu’une sorte de terminaison flexionnelle est présente dans ce mot.
La seule chose que nous puissions dire de la syntaxe est que les adjectifs semblent suivre le nom qu’ils qualifient : Aþâraphelûn Amanaišal « Arda insouillée », Aþâraphelûn Dušamanûðan « Arda souillée ».
LISTE DE MOTS VALARIN
Les voyelles longues sont indiquées au moyen d'accents circonflexes (^) ; le texte source utilise des macrons à la place. Un son correspondant à l'ach-Laut allemand est écrit avec la lettre grecque chi dans la source ; ici, le digramme ch la remplace. Dans la source, la spirante guttural4, souvent écrite gh par Tolkien, est remplacée par une lettre spéciale semblable au chiffre 3, qui est utilisé ici. Les noms de couleurs vanyarins nasar « rouge » et ulban « bleu » dérivent du valarin, mais comme les formes originales ne sont pas données, ils ne sont pas inclus dans cette liste.
A3ûlêz : nom de sens inconnu, altéré pour produire le nom quenya Aulë (WJ:399).
amanaišal : « insouillé » (WJ:401).
aþar « période fixée, fête5 » (adopté en quenya, devenant asar dans le dialecte noldorin avec le changement général þ [th] > s) (WJ:399). Cf. aþâra.
aþâra : « prescrit »6 (cf. aþar) (WJ:399). Dans Aþâraigas, considéré signifier « chaleur prescrite » et utilisé en parlant du Soleil, et Aþâraphêlun, censé signifier « demeure prescrite », mais utilisé dans le même sens que le quenya Arda (ce sens du mot, lui-même d'origine purement elfique, fut influencé par Aþâraphêlun). Aþâraphelûn Amanaišal « Arda insouillée », Aþâraphelûn Dušamanûðan « Arda souillée » (WJ:399, 401).
akašan : signifie censément « Il dit » en référence à Eru ; source du quenya axan « loi, règle, commandement » (WJ:399).
Arômêz (dans la source, la lettre ô a un signe diacritique indiquant qu’elle est ouverte et semblable à a) : un nom adapté comme Oromë en quenya et Araw en sindarin (WJ:400). D’après l’étymologie elfique populaire, Oromë signifiait « sonnant du cor » ou « sonneur de cor », mais le nom valarin original désigne simplement ce Vala et ne possède aucune étymologie (WJ:401).
ašata : « chevelure », aussi simplement sous la forme šata (WJ:399).
ayanûz : « ainu » (WJ:399 ; de fait, le mot quenya ainu est adopté et adapté du valarin). Comparer avec PM:364, où Tolkien établit que dans le langage valarin, ayanu- était « le nom des Esprits de la première création d’Eru ». Devons-nous en inférer que ayanu- est le radical du mot, ce qui impliquerait que dans ayanûz, l’allongement de la voyelle finale et l’ajout en suffixe de -z indiquent une sorte d’inflexion – comme par exemple, le nominatif singulier ?
Dâhan-igwiš-telgûn : probablement le nom valarin pour le Taniquetil ; voir WJ:417. Le nom quenya est en partie une adaptation, et en partie une « perversion » motivée par l'étymologie populaire : Taniquetil peut être interprété comme « haute pointe blanche », bien que ce ne soit pas du bon quenya. Une orthographe plus commune, mais sans doute moins correcte : Dahanigwishtilgûn.
delgûmâ : un mot valarin dont le sens exact n’est pas donné (WJ:399). Il est néanmoins établit qu’il influença le quenya telumë « dôme, (en particulier) dôme des cieux » (LR : 391 racine TEL, TELU), qui fut altéré en telluma « dôme », appliqué en particulier au « Dôme de Varda » au-dessus de Valinor ; également utilisé en parlant des coupoles de la demeure de Manwë et Varda sur le Taniquetil. Le premier sens semble être pertinent dans Namárië : Vardo tellumar... yassen tintilar i eleni... « les voûtes7 de Varda…où les étoiles tremblent… » (SdA 1/II ch. 8).
dušamanûðan : « souillée » (WJ:401).
Ezellôchâr : « le Tertre Vert », incorporant un mot valarin pour « vert » qui n’est pas donné en tant que tel, mais fut adopté par le quenya vanyarin sous la forme ezel, ezella (WJ:399). Adapté en quenya sous la forme Ezellohar (probablement devenu *Erellohar dans le dialecte noldorin des exilés avec le changement général z > r).
Ibrîniðilpathânezel : nom valarin de Telperion (WJ:401), dont l’étymologie n'est pas donnée, mais qui semble incorporer iniðil « fleur » et peut-être ezel « vert » (voir Ezellôchâr ci-dessus). David Salo suggère l’interprétation *« Fleur d'argent feuille-verte », qui, si elle devait s’avérer correcte, impliquerait l’existence des éléments ibri « argent » (ou « blanc » ?) et pathân « feuille ».
igas : « chaleur », isolé avec incertitude de Aþâraigas « chaleur prescrite » (q.v.).
iniðil : « lys, ou toute autre fleur simple à larges pétales » (la source du quenya indil, et aussi évidemment de l’adûnaic inzil) (WJ:399).
mâchanâz, pl. mâchanumâz : « Autorités », utilisé en référence aux plus puissants Valar, appelés Aratar en quenya. Le mot valarin fut aussi adapté en quenya sous la forme Máhan, pl. Máhani.
machallâm : à proprement parler, l’un des sièges des Valar dans l’Anneau du Destin, à l’origine du mot quenya mahalma « trône » (WJ:399, cf. UT:305, 317, CLI 3:60, 75).
mâchan : censé signifier « autorité, décision péremptoire » (WJ:399). A l’origine du quenya Máhan, l’un des huit chefs des Valar, bien que la traduction Aratar fût plus usuelle. C’est un élément de Mâchananaškad « Anneau du Destin », Anneau du Destin, adapté en quenya sous la forme Máhanaxar ou traduit par Rithil-Anamo (WJ:401).
Mânawenûz : « Celui qui est Béni, Celui en (très proche) accord avec Eru ». R éduit et altéré en quenya pour produire Manwë (WJ:399).
mirub- : « vin », un élément apparaissant aussi dans mirubhôzê- (censément le début d’un mot plus long) = le quenya miruvórë, miruvor, le nom d’un vin ou d’un cordial spécial, rendu par « hydromel » dans la traduction de Namárië dans le SdA, où ce mot apparaît (yéni ve lintë yuldar avánier…lisse-miruvóreva, « les longues années ont passé comme de rapides gorgées du doux hydromel », SdA 1/II ch. 8) A l’origine, le mot fut vraisemblablement adapté en *miruvózë, devenant miruvórë dans le dialecte noldorin avec le changement général de z > r. Il devait rester *miruvózë en vanyarin. RGEO:69 confirme que miruvórë était « un mot dérivé du langage des Valar, le nom qu’ils donnaient à la boisson servie lors de leurs fêtes ».
naškad (ou anaškad ?) : un élément isolé avec incertitude de Mâchananaškad et signifiant probablement « anneau », cf. le mot de noir parler nazg.
Næchærra (non capitalisé dans la source) : le nom valarin original qui fut adapté en quenya sous la forme Nahar, le cheval d’Oromë, peut-être dérivé d'une onomatopée d’après son hennissement (WJ:401).
Ošošai, Oššai : nom censé signifier « écumant, bouillonnant », adapté en quenya sous la forme Ossai > Ossë et Yssion, Gaerys en sindarin(WJ:400).
Phanaikelûth (sic, et non **Phanaikelûþ) : censé signifier « miroir brillant », utilisé en parlant de la lune (WJ:401).
phelûn : « demeure », isolé avec incertitude de Aþâraphelûn (q.v.).
rušur : « feu » (également uruš) (WJ:401).
šata : « chevelure », également ašata (WJ:399).
šebeth (sic, et non **šebeþ) : « air » (WJ:401).
tulukha(n) : « jaune » (WJ:399). Adapté en quenya vanyarin sous la forme tulka.
Tulukhastâz (sic -lire Tulukhaštâz ?) : censé être un composé de tulukha(n) « jaune » et de (a)šata « chevelure », d’où « celui à la chevelure d'or ». Adapté en quenya sous la forme Tulkas (WJ:399).
Tulukhedelgorûs : le nom valarin de Laurelin, dont l’étymologie n'est pas donnée, mais le mot incorpore apparemment une forme de tulukha(n) « jaune » (WJ:401).
ulu, ullu : « eau » (WJ:400, 401). Dans Ulubôz, Ullubôz.
Ulubôz, Ullubôz : nom contenant ulu, ullu « eau », adapté en quenya sous la forme Ulmo et interprété comme « Celui qui verse » selon l'étymologie populaire (WJ:400).
uruš : « feu » (également rušur) (WJ:401).

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Notes de Traduction
1 Correction de la traduction française (« les Valar se mirent à prendre forme et couleur »). Le passage original est : « the Valar took to themselves shape and hue ».
2 Traduction de « self-incarnate ».
3 Pour la traduction de « marred » et de « unmarred», une autre alternative pourrait être « polluée »/ « impolluée », la seconde forme étant empruntée au moyen français, ce qui peut suggérer un certain archaïsme.
4 Traduction de « back spirant ».
5 Traduction de « fixed time, festival ». Mais le mot anglais possède un sens différent du français, et correspond plutôt à « célébration » ou « fête » (voir aussi l’entrée mirub-).
6 Traduction de « appointed », dont le sens est « désigné, fixé, assigné, convenu ».
7 Le mot anglais utilisé ici est « domes », alors que le texte du SdA donne exactement : « the blue vaults of Varda ».

* Traduction française pour Ardalambion.fr par Ronan Mackowski, révisée par Sébastien Bertho, avec l'aimable autorisation de l'auteur. Les inexactitudes et les éventuelles erreurs sont entièrement de la responsabilité du traducteur. Les autres articles non traduits de Helge sont disponibles en Anglais sur son site Ardalambion, une véritable référence pour ceux qui s'intéressent aux langues inventées par Tolkien. Publié sur ce site avec l'aimable autorisation du traducteur.
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# Posté le mercredi 25 juillet 2007 10:04

Modifié le jeudi 26 juillet 2007 15:09